Le marché à bétail de Faladiè, symbole de précarité à Bamako
Le marché à bétail de Faladiè, infrastructure majeure située en périphérie de Bamako, a été entièrement rasé par des engins mécaniques. Cette opération, menée sans préavis, a laissé plus de 300 familles de déplacés sans abri, plongeant la ville dans une crise humanitaire aiguë. Initialement construit pour abriter des activités commerciales, ce site abritait également un camp informel de personnes déplacées internes, principalement originaires des régions centrales du Mali.
Des familles de déplacés livrées à l’incertitude
« Nous avons quitté notre village il y a six ans », raconte Dado, une mère de famille originaire du cercle de Bankass, dans le centre du Mali. Fuyant les violences qui ont éclaté dans sa localité, elle s’est installée à Bamako avec sa famille, espérant y trouver une sécurité relative. Plus de 2 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, partageaient cette illusion de sécurité dans le camp de déplacés de Faladiè avant sa destruction.
Avec la perte de leur abri, ces familles se retrouvent aujourd’hui dans une situation désespérée. Manque de nourriture, d’eau potable et de soins médicaux, s’ajoutent à l’absence de logement. Les déplacés, qui dépendaient autrefois de la collecte de déchets et de restes alimentaires pour survivre, voient leurs maigres ressources s’évanouir avec la disparition du camp.
Un camp soutenu par les autorités et les ONG
Créé en 2019, le camp de Faladiè bénéficiait du soutien d’organisations humanitaires locales et internationales, ainsi que des autorités maliennes. Ces dernières mois, les déplacés recevaient une aide alimentaire et médicale, bien que précaire. Mais depuis la destruction du site, aucune solution concrète n’a été proposée. La Direction nationale du développement social a d’ailleurs indiqué qu’il était « trop tôt » pour évaluer la situation.
Sanankoroba, une alternative non viable selon les déplacés
Les autorités maliennes ont annoncé le transfert des déplacés vers Sanankoroba, un site situé à 35 kilomètres de Bamako, aménagé pour les accueillir. Pourtant, selon les témoignages des vendeurs de bétail expulsés, ce site serait non fonctionnel et impropre à l’accueil de plusieurs milliers de personnes. « Nous n’avons pas d’autre choix que de partir, mais nous supplions qu’on nous trouve un autre endroit », implore Dado.
La priorité absolue pour ces familles est désormais de trouver un toit. Sans abri, l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins devient encore plus difficile. La situation à Bamako rappelle cruellement l’urgence d’une stratégie de relogement adaptée pour les déplacés internes au Mali.
Des vies bouleversées par une décision brutale
Avant la destruction du camp, les déplacés de Faladiè vivaient dans des conditions précaires mais au moins stables. Certains travaillaient comme journaliers, d’autres dépendaient de l’aide humanitaire. Aujourd’hui, plus de 300 familles sont jetées à la rue, sans perspective immédiate de solution. « La priorité pour une personne sans domicile, c’est de trouver un toit. Sans cela, tout le reste est impossible », confie un déplacé sous couvert d’anonymat.
La destruction du marché à bétail de Faladiè et du camp de déplacés qui l’occupait soulève des questions sur la gestion des crises humanitaires au Mali. Comment garantir la sécurité des populations vulnérables tout en répondant aux impératifs de sécurité nationale ? Une réponse urgente s’impose pour éviter que cette crise ne s’aggrave.
Plus d'histoires
Soutien psychologique des adolescents vivant avec le VIH au Burkina Faso
Comment protéger les défenseur.ses des droits humains face aux crises ?
Photographie malienne : l’art de révéler une crise humanitaire