Le 6 juillet 2026 marquait le deuxième anniversaire de la Confédération des États du Sahel (AES). À cette occasion, le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de l’organisation, a prononcé un discours empreint d’une ferme détermination. Le chef de l’État burkinabè y a dressé un bilan qu’il a qualifié de largement positif, tout en exposant des ambitions élevées pour l’avenir de cette alliance qui regroupe le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cependant, au-delà de cette rhétorique volontariste, des incertitudes subsistent quant à la capacité réelle de la Confédération à concrétiser ses promesses en réalisations tangibles.
Le président de l’AES a affirmé que la Confédération avait enregistré des avancées significatives dans les domaines de la coopération politique, diplomatique et militaire. Il a mis en avant une meilleure coordination dans la lutte contre le terrorisme, le renforcement des institutions communes et une intégration économique progressive.
Toutefois, l’allocution n’a fourni ni données chiffrées précises, ni indicateurs concrets permettant d’évaluer ces progrès. Les populations sahéliennes, elles, continuent de faire face à des enjeux majeurs : une insécurité tenace dans de nombreuses zones, une inflation persistante, des difficultés d’accès aux services sociaux de base et un ralentissement de l’activité économique.
Le discours a également insisté sur la volonté de bâtir une souveraineté économique. Cette ambition repose sur l’industrialisation, la transformation locale des ressources naturelles, l’assurance de la sécurité alimentaire et énergétique, ainsi que la garantie de la libre circulation des personnes et des biens.
Ces objectifs sont, sans conteste, ambitieux. Leur concrétisation nécessitera des investissements conséquents, des infrastructures adaptées et une stabilité durable, des conditions difficiles à réunir alors que les trois nations membres sont confrontées à des contraintes budgétaires importantes et à un environnement sécuritaire fragile.
Un autre aspect marquant du discours est l’explication donnée par Ibrahim Traoré concernant une partie des difficultés rencontrées par l’AES. Il les attribue à une « guerre économique et médiatique », à des campagnes de désinformation et à des pressions extérieures qu’il a qualifiées d’impérialistes et de néocoloniales.
Cette interprétation est en phase avec la position officielle des autorités de l’AES depuis leur rupture avec plusieurs partenaires occidentaux. Néanmoins, elle ne fait pas l’unanimité parmi les observateurs, qui estiment que les obstacles de la Confédération trouvent également leur origine dans des facteurs internes, tels que les défis de gouvernance, les contraintes économiques et la récurrence des attaques terroristes.
L’allocution se voulait aussi rassurante, affirmant que l’AES n’était dirigée contre aucun peuple ni aucune organisation. Parallèlement, elle a confirmé la poursuite des discussions avec la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en vue de redéfinir les relations futures.
Cette ouverture au dialogue contraste avec les tensions qui ont marqué les rapports entre les deux entités ces dernières années. Elle suggère une volonté de préserver certains acquis régionaux, notamment le principe de la libre circulation.
En somme, le message d’Ibrahim Traoré apparaît davantage comme une déclaration politique destinée à renforcer la cohésion autour du projet de l’AES qu’une évaluation détaillée de ses performances.
Deux ans après sa fondation, la Confédération affiche une vision claire et une rhétorique fédératrice axées sur la souveraineté et l’intégration. Cependant, l’épreuve décisive demeure celle des résultats concrets : une sécurité accrue, la génération d’emplois, un développement économique palpable et l’amélioration des conditions d’existence des populations.
Néanmoins, l’optimisme affiché par Ibrahim Traoré se heurte à une situation sécuritaire qui demeure extrêmement inquiétante. Bien que le président de la Confédération mette en lumière des progrès dans la lutte contre le terrorisme, les récentes offensives survenues au Mali rappellent avec force que la menace reste bien réelle. Le 4 juillet 2026, des camps et postes des Forces armées maliennes ont été visés par des assauts coordonnés à Gao, Aguelhok, Anéfis, Sévaré et Kéniéroba, démontrant l’aptitude persistante des groupes armés à mener des frappes simultanées sur divers fronts.
Ces incidents récents soulignent les lacunes des stratégies de sécurité mises en œuvre jusqu’à présent par l’AES. En dépit d’une coopération militaire intensifiée et d’opérations conjointes fréquemment citées par les autorités, l’organisation peine encore à modifier durablement la trajectoire de l’insécurité dans la région du Sahel. Au-delà des déclarations sur la souveraineté et l’unité, les citoyens aspirent désormais à des avancées palpables : une diminution notable des attaques, le rétablissement de la stabilité et une amélioration concrète de leur sécurité quotidienne.
En effet, au-delà des formules et des promesses, ce sont ces critères tangibles qui serviront, in fine, de base à l’évaluation de la réussite du projet défendu par les leaders du Burkina Faso, du Mali et du Niger.
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