6 juillet 2026

Le Reveil Noir

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L’Azawad en quête d’indépendance : comprendre le conflit au nord du Mali

Des rebelles touaregs assis sur un tapis sous un arbre, entourés de combattants.

Crédit photo, Getty Images

Le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement séparatiste, a récemment lancé une seconde offensive militaire majeure. En collaboration avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM), cette opération vise à reprendre le contrôle de vastes zones du nord et du centre du Mali, actuellement sous l’autorité des forces gouvernementales.

Cette nouvelle offensive survient à peine deux mois après une série d’attaques coordonnées menées par le FLA et le JNIM, un groupe affilié à Al-Qaïda, le 25 avril dernier. Ces attaques avaient ciblé simultanément le nord, le centre et le sud du Mali, atteignant même Kati, un bastion crucial du pouvoir militaire malien. L’impact fut considérable sur le gouvernement dirigé par Assimi Goïta, entraînant la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, et blessant gravement le chef des services de renseignement, Modibo Koné.

Lors de ces événements, le FLA était parvenu à s’emparer de Kidal, une ville au symbolisme fort pour l’armée malienne et les troupes du Corps des forces russes pour l’Afrique (AFRICC). Kidal, reprise en 2023, incarnait alors leur succès militaire dans le nord du pays. Cependant, l’armée malienne a affirmé avoir récupéré le contrôle de la ville à la suite d’une contre-offensive menée après les attaques du 25 avril.

Des informations circulant sur les réseaux sociaux et les plateformes spécialisées dans la sécurité au Sahel font état d’une intense mobilisation du FLA, qui recruterait activement des habitants du nord du Mali en prévision de cette nouvelle offensive. En réponse, les autorités maliennes ont annoncé le 4 juin une récompense totale de 12,4 millions de dollars pour toute information permettant l’arrestation ou la neutralisation des leaders du JNIM et du FLA. Parallèlement, l’armée malienne et l’Africa Corps ont intensifié leurs opérations dans le nord et procèdent à des investissements massifs en équipement militaire pour contrer d’éventuelles attaques.

Qui compose le Front de libération de l’Azawad (FLA) ?

Le Front de libération de l’Azawad (FLA) a vu le jour le 30 novembre 2024 à Tinzaouatene, une petite localité du nord du Mali, à la frontière avec l’Algérie. Il est né de la fusion de divers groupes armés séparatistes touaregs et arabes, tous unis par l’objectif commun de l’indépendance de l’Azawad.

L’Azawad désigne une vaste région englobant les villes de Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka. Cette zone fut proclamée État indépendant en 2012 par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), l’un des groupes fondateurs du FLA. Le FLA prend la suite de la coalition Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PDA), elle-même issue de la fusion de plusieurs entités séparatistes.

Parmi les organisations qui ont contribué à la formation du FLA figurent le MNLA, le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA), des factions rebelles du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), ainsi que le Groupe d’autodéfense touareg imghadien et ses alliés (Gatia), bien que ce dernier ait été initialement progouvernemental. L’unité touarègue, cependant, trouve ses racines plus loin dans le temps, dès 1988 en Libye, avec la création du Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA) par des exilés algériens et libyens, sous la direction d’Iyad Ag Ghali, l’actuel chef du JNIM.

À la tête du FLA se trouve Bilal Ag Acherif, né à Kidal en 1977, qui joue un rôle prépondérant dans l’orientation politique et la gouvernance du mouvement. Son bras droit, Alghabass Ag Intalla, assure la fonction de chef militaire du FLA, avec des responsabilités en matière de réconciliation et de relations avec le JNIM. Intalla est le fils du chef traditionnel Ifoghas, Intallah Ag Attaher, décédé en 2014. Le porte-parole du groupe est Mohamed Ramadane.

Quelles sont les aspirations du FLA ?

Carte vectorielle du Mali avec ses principales villes et pays voisins.

Crédit photo, Getty Images

Depuis l’indépendance du Mali en 1960, certaines communautés arabes et touarègues du nord se sont régulièrement opposées au gouvernement de Bamako. Cette contestation a engendré plusieurs rébellions armées, notamment en 1962, de 1990 à 1996, et la plus récente en 2012.

L’objectif principal du FLA est l’établissement d’une « République de l’Azawad », imaginée comme un foyer pour les quelque deux millions de Touaregs disséminés à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord, conséquence de la fragmentation coloniale. Le mouvement reproche au gouvernement malien une marginalisation systémique, tant sur les plans politique, économique que culturel.

Malgré les riches réserves du nord du Mali en sel, uranium, or, diamants et phosphates, la région souffre d’un sous-investissement criant dans les infrastructures de base telles que les écoles, les centres de santé, l’accès à l’eau et à l’électricité, ainsi que les routes. Bilal Ag Acherif a récemment justifié la démarche indépendantiste du mouvement, arguant que l’Azawad « a été annexé au Mali sans tenir compte de son histoire en tant que civilisation indépendante ».

Le gouvernement malien a, de son côté, accusé l’Algérie et la Mauritanie voisines de soutenir le FLA. L’Algérie, qui avait pourtant joué un rôle de médiateur dans les accords d’Alger signés en 2015 entre le gouvernement malien et les groupes armés du nord, a vu le Mali se retirer de cet accord en janvier 2024. Des allégations de soutien à la cause du FLA ont également été formulées à l’encontre de l’Ukraine, de la Mauritanie et de la France.

Le nombre exact de combattants du FLA reste inconnu, mais Mohamed Ramadane a affirmé que le groupe dispose d’une « forte présence militaire s’étendant de la frontière mauritanienne à la frontière algérienne ». Les principaux camps du FLA seraient situés près de la frontière algérienne, notamment à Kidal et Tinzaouatine. Entre 2024 et 2025, le FLA a principalement eu recours à des drones kamikazes lors de ses attaques, mais il diffuse également fréquemment des images de ses combattants armés de fusils, déployés à bord de longs convois de pick-up à travers le désert.

L’évolution des relations entre le FLA et le JNIM

Le leader du JNIM, Iyad Ag Ghaly, fut lui-même une figure éminente de la rébellion touarègue avant d’embrasser l’idéologie des groupes islamistes radicaux à la fin des années 1990. Cependant, les liens actuels entre le JNIM et le FLA se sont renforcés depuis la mi-2024.

En mai 2024, Alghabass Ag Intalla aurait annoncé que le CSP-DPA, prédécesseur du FLA, avait engagé des pourparlers en vue d’un rapprochement avec le JNIM. Mohamed Ramadane a ultérieurement précisé que le FLA et le JNIM avaient scellé un « pacte tacite de non-agression ».

Plus tard, en juillet 2024, le CSP-DPA, avec le soutien du JNIM, a infligé de lourdes pertes aux soldats maliens et aux mercenaires russes du groupe Wagner lors de la bataille de Tinzaouatene. Après cet affrontement, le groupe armé a reproché au FLA de ne pas avoir suffisamment reconnu les « sacrifices et la générosité » du JNIM durant les combats.

En mars 2025, des médias maliens ont rapporté qu’à l’issue de pourparlers tenus fin février, les deux groupes avaient convenu de combattre conjointement l’armée malienne et les troupes russes. Ce partenariat a été officiellement reconnu par les deux entités après les attaques du 25 avril à travers le Mali. Le FLA a présenté cet accord comme une « convergence stratégique » visant à renverser le gouvernement militaire malien, tandis que le JNIM a affirmé que cette alliance était devenue possible après que les Touaregs se soient déclarés favorables à « l’instauration de la charia ».

Bilal Ag Acherif a déclaré à la chaîne Al Arabiya Al Hadath que le FLA et le JNIM opéraient dans la même région et faisaient face à un ennemi commun. Il a reconnu l’existence de « divergences idéologiques », mais a insisté sur la recherche de « solutions locales ». La durabilité de ce partenariat reste cependant incertaine, compte tenu des différences idéologiques et des objectifs distincts des deux groupes.