6 juillet 2026

Le Reveil Noir

Actualités et analyses panafricaines pour une Afrique consciente, souveraine et debout.

Le Cameroun, fer de lance des investissements de l’AFD en Afrique centrale

En 2025, le Cameroun s’affirme comme un acteur majeur dans la stratégie de l’Agence française de développement (AFD) en Afrique centrale, captant près de 30 % du portefeuille régional de l’institution. Les données d’activité pour l’année révèlent un encours significatif de 949,6 millions d’euros, équivalent à environ 623 milliards de FCFA, répartis sur 51 projets en cours d’exécution. Ce volume place la capitale camerounaise, Yaoundé, en tête des bénéficiaires régionaux, surpassant Kinshasa (741,4 millions d’euros), Libreville (646,3 millions d’euros), Brazzaville (484,9 millions d’euros), N’Djamena (308,7 millions d’euros) et Bangui (144,7 millions d’euros).

L’engagement financier se structure à travers plusieurs entités du groupe AFD. L’Agence française de développement elle-même contribue à hauteur de 875,8 millions d’euros, tandis que sa filiale dédiée au secteur privé, Proparco, mobilise 61,8 millions d’euros. Expertise France complète ce dispositif avec 12 millions d’euros. Le portefeuille se compose de 47 initiatives portées par l’AFD et 4 par Expertise France. En se concentrant uniquement sur les opérations de l’AFD, le Cameroun représente 30,7 % d’un total régional de 2,8 milliards d’euros enregistré au 31 décembre 2025.

Les infrastructures et le développement urbain au cœur de l’action

La stratégie régionale du bailleur de fonds français met un accent prononcé sur les grands équipements. Le rapport d’activité souligne que la modernisation des infrastructures constitue le pivot de l’intervention en Afrique centrale. Des projets emblématiques, tels que le barrage hydroélectrique de Nachtigal au Cameroun et la rénovation du Transgabonais, illustrent cette orientation. Cette priorité se manifeste clairement dans les engagements pris en 2025 sur le territoire camerounais.

Dans ce cadre, les infrastructures et le développement urbain absorbent 44,2 % des fonds alloués. Le soutien aux institutions financières privées arrive en deuxième position avec 35,9 %, suivi par la gouvernance (6,8 %), l’éducation, la formation et l’emploi (6,4 %), le secteur productif (2,9 %), l’eau et l’assainissement (2,2 %), puis l’agriculture et la sécurité alimentaire (1,7 %). Parmi les initiatives phares, le Projet de lutte contre les inondations à Yaoundé et Douala vise à renforcer la résilience des deux principales métropoles face aux épisodes climatiques récurrents.

Cette répartition sectorielle des financements reflète à la fois l’importance du déficit en équipements du pays et l’ancienneté de la coopération financière entre la France et le Cameroun. Elle incarne également une décision stratégique : concentrer les ressources sur les domaines susceptibles de réduire, à terme, les coûts logistiques et énergétiques supportés par les entreprises et les ménages.

Une architecture financière dominée par l’endettement

L’analyse des instruments financiers déployés en 2025 est cruciale pour les observateurs budgétaires. Les prêts souverains représentent le principal levier, constituant 33,9 % du total. Viennent ensuite les prêts seniors (23,2 %), les Contrats de désendettement et de développement (C2D) avec 16,2 %, les garanties (12,6 %), les crédits délégués par l’Union européenne (7,1 %), les subventions (6,3 %) et les Fonds d’expertise technique et d’échanges d’expériences (FEXTE) à 0,6 %.

En d’autres termes, plus de la moitié des concours financiers prend la forme d’instruments remboursables. Cette réalité rappelle que le statut de premier bénéficiaire régional s’accompagne d’un futur service de la dette, dont la pérennité dépendra de la rentabilité économique concrète des projets financés. Bien que les C2D, les garanties, les crédits européens et les subventions contribuent à alléger ce profil, ils n’en modifient pas la nature prédominante.

Dans le secteur privé, Proparco a notamment soutenu Prometal, une initiative mise en avant pour son rôle dans l’industrialisation et la transformation locale. Les programmes SeptentrionEst et SECAL, axés sur les zones rurales, visent à renforcer la résilience territoriale, l’entrepreneuriat et la sécurité alimentaire dans les régions septentrionales du Cameroun, particulièrement vulnérables aux aléas climatiques et sécuritaires.

Un leadership à transformer en bénéfices économiques tangibles

La position privilégiée du Cameroun dans les registres du groupe AFD constitue un indicateur financier fort, mais non un jugement définitif sur sa performance économique. Le bilan de l’institution publie des résultats agrégés sur les projets achevés entre 2020 et 2025 dans des secteurs comme l’agriculture, la santé, l’éducation ou l’assainissement, mais ces données sont à l’échelle régionale. Elles ne permettent pas de mesurer spécifiquement l’impact du portefeuille camerounais sur la productivité, la qualité des services urbains ou la stimulation de l’investissement privé.

Pour les autorités camerounaises, le véritable enjeu résidera dans la phase d’exécution. La qualité de la mise en œuvre, la livraison effective des ouvrages, leur exploitation et leur capacité à réduire les coûts économiques détermineront le rendement final de ces 623 milliards de FCFA. Maintenir le rang de premier portefeuille régional est moins crucial que de prouver, par des résultats concrets, que ces engagements transforment réellement l’appareil productif et améliorent les services essentiels du pays.