Sur les écrans de leurs smartphones, des talents sénégalais s’adonnent à des sessions d’entraînement intensives, parfois des heures durant, chaque jour. Le jeu mobile eFootball, développé par le studio japonais Konami, a conquis l’Afrique de l’Ouest, trouvant un écho particulièrement fort au Sénégal, une nation déjà passionnée par le football traditionnel. Plus accessible que les versions sur console, le jeu mobile connaît un succès retentissant. À Dakar, des équipes structurées aspirent à une professionnalisation et visent les titres majeurs, avec plusieurs joueurs se préparant activement pour les qualifications de la Coupe du monde eFootball.
Les joueurs, téléphone en main, affichent une concentration palpable. Dans quelques heures, ils s’affronteront lors des qualifications pour la Coupe du monde eFootball, le jeu de football mobile le plus populaire au monde, dont la phase finale est prévue en novembre à Riyad. Ibrahima Diop, plus connu sous le pseudonyme d’Ibzo, sélectionneur de l’équipe nationale, dispense ses ultimes conseils.
Ibzo a su s’entourer des meilleurs talents du pays. En mars dernier, son équipe a brillamment atteint la première place du classement africain pour la première fois de son histoire. Gratuit, le jeu surpasse désormais en notoriété les titres disponibles sur console. « Cela procure avant tout du plaisir, explique Mohamed, alias Medzo, un jeune homme de 17 ans venu de Saint-Louis pour ces qualifications. Il y a une vraie compétition. On se défie mutuellement. C’est simple à jouer. De plus, il n’est pas nécessaire de posséder un téléphone onéreux. Alors que les consoles sont coûteuses, un simple téléphone avec 3 Go de RAM suffit pour jouer. Les joueurs sénégalais sont talentueux, nombreux et particulièrement impliqués dans le jeu. »
Ce jeune homme nourrit l’ambition d’une carrière professionnelle, une aspiration partagée par Pape Mouhamed Saloum Sow, étudiant en droit. « J’aimerais franchir un palier et évoluer au plus haut niveau. Je crois que l’eFootball est devenu bien plus qu’un simple jeu. Nous étions des inconnus, et maintenant, nous formons une véritable famille. »
Les défis de la connectivité et des serveurs en Afrique
Cependant, ces joueurs sénégalais doivent surmonter plusieurs obstacles. Sur TikTok, la plateforme qu’ils utilisent pour partager analyses et conseils, la monétisation des contenus n’est pas encore disponible en Afrique, contrairement à l’Europe ou aux États-Unis. Mais le principal défi réside dans les problèmes de connexion, qui les désavantagent face à certains concurrents. « Au Sénégal, nous faisons face au problème des serveurs, précise Ibzo. En Afrique, il n’existe qu’un seul serveur, situé en Afrique du Sud. Nous en souffrons énormément à cause de la latence excessive. Une passe peut prendre plusieurs secondes à s’exécuter. »
Afin de structurer cette discipline en pleine croissance, Ibzo a fondé son propre club. Il bénéficie également du soutien de la Fédération Sénégalaise des Sports Électroniques (Fesseda), créée il y a deux ans. « Nous avons signé une convention pour lancer les navétanes électroniques, les e-navétanes, détaille son président, El Hadji Mansour Jacques Sagna, ce qui permettra à un grand nombre de jeunes de participer à des compétitions organisées sur l’ensemble du territoire national. »
La fédération a également annoncé le lancement imminent d’un centre d’analyse et de performance e-sport, qui sera implanté au stade Léopold-Sédar-Senghor, avec pour mission d’accompagner les joueurs vers la professionnalisation de cette discipline émergente.
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