Dans un contexte international où la prise de conscience des ravages de la corruption s’intensifie, un événement majeur s’est tenu à Genève. Cette rencontre s’inscrit dans la lignée des initiatives du Conseil des droits de l’Homme, notamment la résolution 59/6 de juillet 2025. Cette dernière ancre l’idée désormais universellement admise que la lutte contre la corruption et la protection des droits fondamentaux sont intrinsèquement liées et se renforcent mutuellement. Les pactes mondiaux, tels que la Convention des Nations unies contre la corruption, la Déclaration de Marrakech de 2011, ou encore la déclaration politique de l’UNGASS 2021, convergent tous vers une approche préventive, ancrée dans le respect de l’État de droit, des principes démocratiques et des droits humains.
Dans ce cadre dynamique, le Maroc a choisi de mettre en lumière son approche holistique, fruit d’une synergie entre ses politiques publiques, ses institutions nationales et ses engagements internationaux. L’ambassadeur Omar Zniber, représentant permanent du Royaume auprès des Nations unies à Genève, a modéré les discussions, saluant l’importance cruciale de cette démarche au niveau multilatéral. Il a salué les contributions significatives de hauts fonctionnaires marocains et a souligné le rôle de leader qu’assume le Maroc dans ce processus au sein des Nations unies, insistant sur la mobilisation concertée des entités nationales et leur alignement avec les orientations stratégiques du Royaume en matière de transparence et de bonne gouvernance.
De son côté, El Habib Belkouch, délégué interministériel aux droits de l’Homme, a repositionné le débat sur un plan plus fondamental, affirmant que «la corruption constitue également un obstacle majeur à la pleine jouissance des droits de l’Homme». Dépassant les perspectives traditionnelles axées sur la gouvernance ou la répression, il a mis en évidence ses conséquences tangibles: «Lorsqu’elle entrave l’accès à la justice, aux soins de santé, à l’éducation ou à l’emploi, elle prive les individus de leurs droits légitimes».
El Habib Belkouch a rappelé avec force que «chaque ressource détournée ou gaspillée par la corruption est une ressource en moins pour financer une école, un hôpital ou une politique publique», illustrant ainsi l’impact direct de ce fléau sur le quotidien des citoyens. Il a également alerté sur le fait que ses répercussions «pèsent souvent plus lourdement sur les groupes les plus vulnérables», notamment les femmes et les populations marginalisées.
Insistant sur les solutions concrètes, il a affirmé que «la prévention apparaît aujourd’hui comme l’un des leviers les plus efficaces», en mettant en avant des principes essentiels tels que «la transparence, le droit d’accès à l’information, la participation citoyenne et la reddition des comptes». Il les a décrits non seulement comme des droits fondamentaux, mais aussi comme «d’outils essentiels de prévention de la corruption». En conclusion, il a plaidé pour un renforcement des synergies entre les institutions, soulignant que leur coordination représente «une priorité majeure pour améliorer l’efficacité des politiques publiques».

Un écho similaire a été entendu de Mohamed Benalilou, président de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, qui a conféré une portée encore plus structurelle à cette interconnexion. Selon lui, le lien entre ces deux domaines «évolue progressivement vers une interdépendance structurelle», marquant une transformation profonde des cadres d’analyse et d’action.
Adoptant une perspective centrée sur les victimes, il a souligné qu’«il ne s’agit plus seulement de fonds détournés, mais de victimes réelles de la corruption privées de leurs droits», appelant à transcender les paradigmes traditionnels. Il a également mis en lumière des dimensions encore trop souvent négligées, comme «la corruption fondée sur le genre», qu’il considère comme «un obstacle intrinsèque à l’égalité».
Mohamed Benalilou a par ailleurs insisté sur un tournant conceptuel majeur, estimant que «la prévention de la corruption évolue vers une obligation positive pour les États de protéger les droits et les libertés». Dans cette logique, elle devient «un élément essentiel de la diligence raisonnable en matière de droits de l’Homme».
Il a également plaidé pour «préserver l’espace civique» et «reconnaître les lanceurs d’alerte comme des défenseurs des droits de l’Homme», tout en appelant à une transition vers un modèle d’«intégrité institutionnelle», où les institutions «ne se limitent pas à l’absence de corruption, mais protègent activement les droits et garantissent l’égalité».
Sur le plan international, il a souligné l’impératif de «garantir une plus grande cohérence entre les processus de Genève, Vienne et New York», insistant sur le fait que les obligations découlant de la Convention des Nations unies contre la corruption et celles relatives aux droits humains «constituent deux facettes d’un même engagement». Il a ainsi appelé à la mise en place de «passerelles structurelles» entre les institutions et à l’émergence d’une «gouvernance préventive fondée sur les droits de l’Homme».
Au fil des échanges, un large consensus s’est dégagé parmi les participants sur l’urgence de renforcer les synergies entre les divers acteurs – États, institutions internationales et société civile – afin de positionner la prévention de la corruption comme un levier fondamental de protection des droits humains. L’accent a été particulièrement mis sur le rôle crucial de l’éducation, du renforcement des capacités, de la participation citoyenne et des technologies numériques, considérés comme des outils indispensables pour promouvoir une gouvernance saine, accroître la transparence et prévenir les abus.
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