Une nuit de chaos à Cotonou : les mutins prennent les armes
Dans les premières lueurs de ce dimanche 7 décembre 2025, un groupe de soldats mutinés a semé la terreur dans les rues de Cotonou. Leur objectif ? Saisir les centres névralgiques du pouvoir. Sous couvert de l’obscurité, ils ont brièvement pris le contrôle de la télévision nationale SRTB, diffusant un message choc : la destitution du président Patrice Talon, en poste depuis 2016. Ce dernier, âgé de 67 ans, devait quitter le pouvoir en avril 2026 après deux mandats. Les assaillants, épaulés par des éléments extérieurs, ont d’abord tenté de forcer l’entrée de sa résidence privée, située dans le quartier Guézo, avant d’être repoussés par les forces loyalistes.
Dès l’aube, la capitale économique du Bénin s’est transformée en zone de combat. Les Forces armées béninoises, restées fidèles à leur serment, ont lancé une contre-offensive pour reprendre les sites stratégiques. Des patrouilles militaires ont quadrillé les rues, tandis que des hélicoptères survolaient la ville. Vers midi, la situation semblait se stabiliser, mais le choc était profond : une première dans le pays depuis 1972, année du putsch de Mathieu Kérékou.
Violences et victimes : l’onde de choc d’une trahison
Le bilan humain est lourd. L’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire de Patrice Talon, a été tuée lors de l’assaut contre leur domicile à Abomey-Calavi. Sa fille, blessée par des tirs, a également été touchée. Dans une allocution télévisée diffusée en soirée, le président Talon a dénoncé une tentative de trahison et promis que ses auteurs seraient punis. Il a également évoqué la présence de personnes retenues par les mutins en fuite, soulignant l’urgence de sécuriser la situation.
Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a confirmé l’origine de la rébellion : un groupuscule de militaires visant à déstabiliser les institutions. Face à cette menace, l’armée a fait preuve de discipline, empêchant l’escalade. Le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari, a tenu à rassurer : seuls quelques éléments isolés étaient impliqués, le reste des troupes restant loyal au gouvernement.
Les mutins sous les projecteurs : leurs revendications et leurs échecs
Sur les ondes de la télévision publique, les mutins ont tenté de justifier leur coup de force. Dirigés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, ils ont annoncé la création d’un Comité militaire pour la refondation et suspendu la Constitution. Leurs griefs ? Une gouvernance qu’ils jugent excluante et autoritaire, des lois jugées crisogènes, et des pratiques antidémocratiques comme le renvoi en exil de citoyens ou les arrestations arbitraires.
Cependant, leur tentative a rapidement tourné au fiasco. Les forces loyales ont repris le contrôle du palais présidentiel et de la marina, verrouillant les accès. Des échanges de tirs violents ont éclaté autour du port, mais les mutins ont été neutralisés. Les ambassades des États-Unis et de la France ont émis des alertes à leurs ressortissants, tandis que le gouvernement béninois a sollicité l’aide de l’armée nigériane. Des avions de chasse et des troupes ont été déployés pour sécuriser les infrastructures clés.
Rumeurs et désinformation : le flou des premières heures
Pendant des heures, le brouillard informationnel a dominé. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, Facebook et WhatsApp, ont relayé des rumeurs plus vite que les autorités ne pouvaient les démentir. Les habitants de Cotonou, sous le choc, tentaient de démêler le vrai du faux. « On ne comprend toujours pas ce qui s’est passé », témoignait une riveraine du quartier Cimetière PK-14. Les craintes d’une escalade persistaient, alimentant l’inquiétude générale.
Cette tentative de putsch a ébranlé l’image du Bénin, longtemps perçu comme un havre de stabilité en Afrique de l’Ouest. Dans un contexte régional marqué par des coups d’État au Niger, au Burkina Faso, au Mali, en Guinée et en Guinée-Bissau, cette crise a rappelé les fragilités des démocraties africaines.
Réactions internationales et mobilisation régionale
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) ont réagi avec fermeté. L’UA a dénoncé une violation inacceptable de l’ordre constitutionnel, exhortant les mutins à déposer les armes. Le président de la Commission panafricaine, Mahamoud Ali Youssouf, a appelé à un retour immédiat à la normale.
La CEDEAO a annoncé le déploiement d’une force régionale pour soutenir le Bénin. Des contingents venus du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana ont été mobilisés pour sécuriser les institutions et préserver la démocratie. Cette intervention rapide a permis d’éviter une crise prolongée.
Présidentielle 2026 : Talon face à un héritage politique fragilisé
À quelques mois de la fin de son mandat, Patrice Talon prépare sa succession. Ancien magnat du coton, il quittera le pouvoir en avril 2026, conformément à la Constitution. Son parti, le Bloc républicain (BR), a déjà désigné son dauphin : le ministre des Finances, Romuald Wadagni, artisan des réformes économiques des dix dernières années.
Cependant, la récente révision constitutionnelle, adoptée en novembre 2025, a ravivé les tensions. En créant un Sénat et en prolongeant les mandats présidentiel et législatif de cinq à sept ans, elle a suscité de vives critiques. L’opposition, notamment le parti Les Démocrates, dénonce une manœuvre pour consolider le pouvoir. Malgré la limitation à deux mandats, cette réforme a alimenté les suspicions d’un maintien indirect au pouvoir.
Sur le plan sécuritaire, le nord du Bénin reste sous tension en raison des attaques djihadistes liées à Al-Qaïda. En avril 2025, 54 soldats y ont trouvé la mort. Dans ce contexte, la stabilité politique est plus que jamais cruciale pour le pays.
Les mutins, dont les motivations politiques restent floues, ont peut-être agi pour contester une gouvernance perçue comme exclusive. Leur échec marque un tournant, mais les tensions sous-jacentes persistent. Le Bénin doit désormais tourner la page de cette crise et se concentrer sur l’avenir.
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