23 juin 2026

Le Reveil Noir

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Gestion des déchets au Cameroun : le pari ambitieux de l’économie circulaire d’ici 2030

 

Le Cameroun engage une transformation majeure de sa gestion des déchets avec une Feuille de route nationale pour l’économie circulaire (2025-2035), conçue par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire. L’objectif ? Faire passer les investissements dans ce secteur de 1,27 % à 2 % du budget national d’ici 2030. Un bond financier de plus de 53 milliards de FCFA par an, basé sur une enveloppe initiale de 62,8 milliards en 2025.

Cette stratégie s’appuie sur un constat alarmant : chaque année, le pays génère 6 millions de tonnes de déchets, dont seulement 50 % sont collectés et moins de 10 % recyclés. À Yaoundé et Douala, la production devrait atteindre 2,8 millions de tonnes annuelles d’ici 2040, mettant sous tension des infrastructures déjà saturées.

Des taux de recyclage insuffisants face à l’urgence écologique

Le Cameroun fait face à un paradoxe : malgré une production massive, son système de traitement reste rudimentaire. Les décharges sauvages prolifèrent, et les 1 300 tonnes de plastique jetées quotidiennement ne sont récupérées qu’à hauteur de 250 tonnes mensuelles. Seules 180 tonnes parviennent à être recyclées, soulignant l’ampleur du gâchis matériel et environnemental.

Les lacunes sont multiples : absence de tri sélectif, infrastructures de traitement quasi inexistantes, données statistiques fragmentaires et capacités institutionnelles limitées. Face à cette situation, le gouvernement camerounais mise sur trois leviers majeurs : la refonte des cadres réglementaires, le renforcement des infrastructures et l’implication du secteur privé.

Réformes institutionnelles et modernisation des infrastructures

La feuille de route prévoit des changements structurels profonds. Parmi les mesures phares : l’adoption d’un décret du Premier ministre intégrant l’économie circulaire dans les chaînes de production, la révision des lois environnementales et la création potentielle d’une Agence nationale de gestion des déchets. Les collectivités locales verront leurs compétences clarifiées pour une meilleure coordination.

Côté infrastructures, le plan table sur la construction de centres de tri modernes, de plates-formes de transfert et de décharges conformes aux normes internationales. Des unités de compostage et des biodigesteurs seront déployés pour valoriser les déchets organiques, tandis que les campagnes de sensibilisation encourageront le tri à la source.

Financement hybride : public, privé et international

Le financement de cette transition s’articule autour de plusieurs mécanismes. Les collectivités locales verront leur fiscalité sur les déchets renforcée, tandis qu’un système de responsabilité élargie des producteurs obligera les entreprises à contribuer financièrement au recyclage. La Bourse nationale des déchets, déjà active, servira de catalyseur pour attirer les investisseurs privés et dynamiser le marché des matériaux recyclables.

Enfin, plusieurs partenaires internationaux ont été identifiés pour accompagner cette mutation : la Banque africaine de développement, la Banque mondiale, l’African Circular Economy Facility, la JICA et divers organismes onusiens. Leur expertise technique et leurs fonds pourraient jouer un rôle clé dans la réussite de ce projet.