6 août 2026

Le Reveil Noir

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Sénégal : pourquoi la paralysie politique freine la croissance économique

Un espoir économique en berne après l’alternance politique

L’arrivée du nouveau régime au pouvoir en 2024 avait suscité un espoir sans précédent parmi les citoyens sénégalais. Après trois années de tensions politiques ayant marqué l’élection présidentielle d’avril de cette même année, l’espoir d’une relance économique se dessinait clairement. Les autorités avaient alors lancé des initiatives ambitieuses comme l’Agenda Sénégal 2050 en octobre 2024, suivi du Plan de redressement économique et social (PRES) le 2 août 2025. Ces mesures visaient à rétablir la confiance et à faire du développement socio-économique une priorité nationale incontournable.

Pourtant, près de trente mois après cette alternance, cet espoir s’évanouit progressivement. Le pays semble s’être engouffré dans une impasse où les débats économiques cèdent la place aux querelles partisanes. La polarisation politique s’intensifie, et les états-majors des principaux partis se préparent déjà à l’échéance électorale de 2029, une précocité qui interroge sur les priorités réelles du pays.

L’économie sénégalaise en perte de vitesse face aux autres économies de l’UEMOA

Trente mois après le changement de régime, les Sénégalais attendent toujours l’émergence des grands projets structurants promis par le président Bassirou Diomaye Faye. La dualité au sommet de l’État entre le chef de l’État et son ancien Premier ministre a souvent été pointée du doigt comme un frein majeur à la mise en œuvre des politiques publiques. Malgré le remaniement à la Primature, aucune accélération notable n’a été constatée. Comme le souligne un adage bien connu, « casser le thermomètre ne fait pas disparaître la fièvre ».

Pendant ce temps, les rivalités internes continuent de monopoliser l’attention, reléguant les enjeux économiques au second plan. Le camp présidentiel, engagé dans une stratégie de consolidation de son assise politique avec la création du parti Kiiraye, et le PASTEF, qui renforce ses rangs pour préserver son influence en vue de 2029, semblent tous deux oublier que l’économie paiera le prix fort de ces divisions.

Les dernières données publiées par la BCEAO dans son rapport sur la politique monétaire de juin 2026 révèlent une situation préoccupante. Le Sénégal figure désormais parmi les économies les moins dynamiques de l’Union, avec une croissance du PIB réel de seulement 4,7 % au premier trimestre 2026. Ce chiffre place le pays derrière des économies comme la Guinée-Bissau (5,5 %), le Burkina Faso (5,6 %), le Togo (5,8 %), le Mali (6,1 %), le Niger (6,1 %), le Bénin (6,4 %) et la Côte d’Ivoire (6,4 %). Après avoir enregistré une croissance remarquable de 7,8 % en 2025, le Sénégal voit sa performance chuter de 3,1 points au début de 2026, soit le recul le plus marqué au sein de l’UEMOA.

Cette baisse de dynamique s’accompagne d’une contraction drastique des investissements directs étrangers (IDE), passant de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions en 2025. Ces indicateurs illustrent l’ampleur des défis économiques auxquels le Sénégal est confronté aujourd’hui.

Trois leviers pour relancer l’économie sénégalaise

Face à cette situation, il devient urgent d’inverser la tendance pour redonner au Sénégal son statut de locomotive économique de l’UEMOA. Trois axes stratégiques pourraient permettre d’y parvenir :

1. Restaurer la confiance des partenaires et des investisseurs

L’un des premiers défis consiste à regagner la confiance des partenaires techniques et financiers ainsi que des investisseurs. La conclusion d’un nouveau programme économique avec le Fonds monétaire international (FMI) représenterait une étape clé. Cet accord permettrait non seulement de mobiliser des ressources financières supplémentaires, mais aussi d’envoyer un signal fort aux marchés, aux agences de notation et aux bailleurs de fonds sur la crédibilité de la trajectoire économique du Sénégal.

Par ailleurs, le pays doit déployer une véritable stratégie de nation branding pour renforcer son attractivité. Il s’agit de mettre en avant les atouts économiques du Sénégal, de promouvoir les opportunités d’investissement et de redorer son image auprès des investisseurs internationaux. Aujourd’hui, le pays peine à accéder aux marchés internationaux dans des conditions de financement favorables en raison d’une perception du risque jugée trop élevée.

2. Faire du secteur privé le moteur de la croissance

Le secteur privé national doit devenir le véritable levier de la croissance économique. Pour cela, il est essentiel de faciliter son accès au financement, de simplifier les procédures administratives et d’améliorer l’environnement des affaires. Les partenariats public-privé doivent être renforcés, en priorité dans des secteurs clés comme les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie, le numérique, les transports et la logistique. Ces domaines sont capables d’entraîner l’ensemble de l’économie et de créer des emplois durables.

3. Rationaliser les ressources publiques

Dans un contexte où les marges de manœuvre budgétaires sont limitées, une gestion rigoureuse des ressources publiques s’impose. Le Plan de redressement économique et social (PRES) avait promis une réduction du train de vie de l’État, mais la fusion des agences et structures d’accompagnement, pourtant annoncée à maintes reprises, peine à se concrétiser. Pourtant, chaque jour compte, et l’urgence est de mise.

Vers une trêve politique pour une économie souveraine

Les trois années qui nous séparent de l’élection présidentielle de 2029 doivent être mises à profit pour poser les bases d’une transformation économique durable. Le Sénégal aspire à devenir une nation souveraine, juste, prospère et ancrée dans des valeurs fortes. Pour y parvenir, l’heure n’est plus aux divisions, mais à l’action collective et concertée.

Une trêve politique s’impose pour replacer l’économie au cœur des priorités nationales. Pendant que le Sénégal s’enlise dans ses querelles internes, les autres économies de l’Union poursuivent leurs réformes et consolident leurs performances. Il est temps de tourner la page des rivalités stériles et de se concentrer sur l’essentiel : la relance économique et la prospérité partagée.